DOMINATRICE LA DOMINATOR ?

Histoire pas sado mais bien maso

A sa sortie vers la fin des années 80, la Honda 650 Dominator s’est octroyé le haut du panier des trails routiers. Avec son moteur pêchu et sa partie cycle homogène, elle a vite rencontrée un grand succès commercial. Sa longévité au sein du catalogue Honda ne démentira pas son qualificatif de best-seller.  

Celle qui nous intéresse ici débarque un jour d’hiver, à l’atelier. Dans un jus de conservation honorable et complète, entièrement d’origine. Ce n’est pas si courant de trouver une Dominator qui n’a pas été, un tant soit peu, modifiée. Donc la nôtre présente bien… de loin. En se rapprochant, on voit bien qu’elle est défraichie. Cette NX 650 (c’est son nom de code) est restée un long moment sans tourner, une petite dizaine d’année en fait.

Forcément la bestiole ne démarre plus, la batterie est HS, l’intérieur du réservoir est sec et ultra rouillé, le sélecteur de vitesses est plié sous le carter moteur et quelques griffes et coups sont visibles çà et là, mais rien de méchant.

Quelques coups de kick (oui, cette Dominator est une première version de 1988) me rassurent sur l’état du moteur. La compression est bonne, le moteur n’est pas bloqué. Pour en avoir le cœur net, je ponte une batterie d’appoint et pulvérise du « start pilote » par l’entrée du filtre à air. Le moulin s’ébroue via son démarreur et rugit après 3 tours moteur. Quelques secondes et je coupe le contact, pour moi c’est concluant. La nouvelle venue peut rejoindre ses congénères, en attente de réfection, dans un coin du local.

LE DORMEUR DOIT SE REVEILLER

Cela fait maintenant un an et demi que la Dominator sommeille dans son coin, au bord du Hangar de l’association. On passe tous devant depuis presque 18 mois et il est temps de réveiller la bête.

La belle est sur le pont. Un long démontage s’en suit. Certaines pièces sont mises au rebut mais la majorité des éléments essentiels sont nettoyés avec soin et stockés « au propre ». Le cadre mis à nu me permet, après un décrassage en règle, de visualiser les pattes et supports qui doivent être supprimés.

Pour le moteur, plus qu’un décrassage est nécessaire pour retrouver l’alliage d’origine. Là je vais user de produits plus mordants. La couche de crasse/boue est hyper dure à enlever, surtout en dessous. Le récurage du moulin laisse mieux apparaitre une crevasse sur le carter gauche. Le fameux sélecteur, avant de se replier sous le moteur, a endommagé le cache en alliage du volant moteur jusqu’à l’emboutir, créant une fissure. Mais tout est réparable, heureusement.

Je vois maintenant le look général que je vais faire subir à notre Dominator. Pour la couleur, c’est le rouge qui prédominera, comme à l’origine me direz-vous, mais en beaucoup plus sombre. Un rouge/bordeaux métallisé, sur le cadre, le bras oscillant et les carters moteurs. Et pour faire ressortir ce rouge, j’aimerai un gris métal très clair sur le réservoir, les gardes boues et le reste du moteur. Voilà en gros ce que j’aimerai.



CONCENTRONS-NOUS SUR LE MOTEUR

Le carter gauche est déposé pour constater que la fissure que l’on voyait à l’extérieur est bien présente à l’intérieur. Etonnamment, je n’observe aucune fuite d’huile externe. Avec une pâte bi-composante pour la réparation des aluminiums, je rebouche donc cette fissure, à l’intérieur puis à l’extérieur. Après séchage complet, Je fini la réparation par l’application d’un mastic polyester. Ponçage, remasticage, ponçage, re… et ainsi de suite. Quelques couches d’apprêt finissent le boulot, c’est nickel propre.

Côté carter d’embrayage, c’est la même punition (sans réparation ni mastic) pour préparer à la mise en peinture. Peine identique pour le cache ACT et le bras oscillant. Le carburateur subit le même sort, le couvercle supérieur et la cuve seront rouge également.

Entretemps, je commande tous les joints nécessaires au remontage, ainsi qu’un filtre à huile, un filtre à air, un filtre de reniflard, une bougie, un kit de visserie inox complet et un kit de réparation de carburateur.

J’arrête mon choix de teinte sur le rouge « Lucifer ». Après multiples renseignements çà et là, j’opte pour une peinture bicouche de chez Volvo (tri couche à l’origine de cette teinte que l’on retrouve sur les Renault et Peugeot). Je passe commande chez « PeintureVoiture.fr ».

Mon pistolet à peinture est devenu totalement obsolète, je ne trouve plus aucuns filtres pour ce modèle, trop vieux me répond-on. L’achat d’un nouveau pétard est indispensable. Je garde l’ancien, bien sûr, pour le noir grainé de chez Restom par exemple. Avec mes finances au plus bas, mon choix est vite fait, un pistolet chinois pour 25 € (frais de port inclus) fera, je l’espère, l’affaire (trouvé sur manomano.fr).

Après le nettoyage et un ponçage en règle, je camoufle les parties du moteur qui ne seront pas peintes. J’applique un gris métal Haute température (aérosol pris chez carter cash) sur l’ensemble des blocs et carters centraux du moteur. Tout de suite le moulin à meilleur allure.

La magnifique couleur rouge est arrivée avec son diluant et du vernis adéquat, de même que le nouveau pistolet avec réservoir dit « par gravité ». Je m’empresse d’essayer mon nouveau joujou. Les réglages sont simples et l’essai est concluant.

Passons aux choses sérieuses, les carters et autres pièces sont prêtes, apprêtées et dégraissées. J’applique une première couche légère, puis une deuxième plus insistante, suivie d’une troisième bien couvrante. Résultat nickel, le rouge est superbe. Séchage, 15 à 20 minutes. En fait le temps de nettoyer le pistolet et de le remplir de vernis. Deux couches de cette laque bien brillante et… le rendu est magnifique. Je suis content, j’ai fait le bon choix de couleur je pense, pareil pour le pétard.

Quelques jours plus tard, une semaine en fait, je remonte les carters, accessoires et durites avec les nouveaux joints, vis et rondelles.

Le carburateur subit le même sort, remontage en règle avec de nouveaux joints, gicleurs, pointeau, aiguille et tout ce qu’il faut.

 Le contraste entre le rouge et le gris est bien comme je le voulais. Moi j’adore.

LE CHOIX DU BIDON

Le réservoir donne presque à lui seul, le style d’une moto. Celui du Domin’ est trop rouillé et surtout pas du tout dans le look que j’aimerai lui donner.

Je regarde çà et là des bidons d’occases (en vue d’une adaptation) et passe quelques coups de fil mais sans grands succès. Moto casse 62 ne veux absolument pas que j’essaye différents réservoirs sur mon cadre. Il ne vend qu’à ceux qui sont sûr de leur modèle. Même punition chez Moto Pièces 59. Il me faut pourtant bien en essayer plusieurs pour me rendre compte de leur compatibilité.

Je fini sur les sites chinois, en neuf, il y en a de toutes sortes. Surtout de petits bidons pour petites cylindrées. Ce qu’il y a de bien sur ces annonces c’est qu’ils donnent toutes les dimensions. J’en sélectionne plusieurs et je compare les chiffres annoncés. Finalement, un seul serait compatible en dimension avec le cadre de la Dominator. Je le commande chez AliExpress (Ali baba pour les intimes) pour un prix plus que correct. L’attente est de courte durée puisque 2 semaines plus tard, je réceptionne le colis.

Il est bien comme énoncé dans leur descriptif. Il passe bien dans le cadre formant réserve d’huile. Les fixations antérieurs sont justes adaptées en largeur et légèrement reculées. Pour la fixation arrière, je coupe du tube à section carré pour rehausser le tout et donner au réservoir une ligne plus droite.

Le seul hic se situe au niveau du robinet d’essence, il est en plein dans le montant du cadre. Un vrai pro aurait peut-être dessoudé l’embouchure du dit robinet. Quoi que de ce côté du réservoir, le fabriquant n’en a pas laissé la place. De l’autre côté, même punition pas de dégagement suffisant pour espérer un déplacement correct.  

Je me décide à taper dans le cadre. Une incision précise du métal laisse désormais de la place au robinet. Sacrilège pour certains, pure folie pour d’autres, de toute façon je suis déjà excommunié, j’irai donc en enfer.

Il me faut donc renforcer l’entaille faite au cadre. Je modèle un bout de métal et le fait coïncider avec le trou laissé par mon acte hérétique.

Mon ami Sergio, décidément il sait tout faire, soude ma pièce au cadre ainsi que les petites pattes de support avant. Le renfort est en place, reste plus que la finition. Merci Sergio.

Il s’en suit de longues heures de ponçage, masticage, ponçage… J’en profite pour supprimer quelques fixations devenues obsolètes.

Entre les périodes de séchage, je m’intéresse à l’amortisseur arrière qui donne encore satisfaction (28000 kms) mais dont l’état esthétique est pitoyable. Le démontage est très simple et il est vite rénové. Idem pour la fourche, les tubes et fourreaux sont nettoyés, poncés repeints. Pareil pour les tés supérieurs et inférieurs.

Le mois d’octobre touche à sa fin et notre bon roi de France annonce un re-confinement. Fini les après-midi à l’atelier et les samedis avec les copains de l’association. Je picolerai seul désormais.

Tout ce « boulot » m’a déjà pris plus de 5 mois. La suite l’année prochaine je crois.

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